C’était il y a 19 ans…
Je me souviens avec précision des conditions dans lesquelles j’ai pris cette photo, de la porte blanche et de l’entrée du couloir qui forment ce contraste avec le visage et les cheveux de Mathilde.
Je me souviens de cette douce lumière de printemps qui arrivait derrière moi.
Je me souviens de la table basse sur laquelle elle s’appuyait avant de s’initier à l’inconnu quelques jours plus tard.
Je me souviens du matériel que j’utilisais.
Je me souviens de ces temps, où tous les soirs, de retour de mon travail, Mathilde avait découvert un monde nouveau, un sourire plus large, une étagère plus haute, un bouton à toucher sur cette étrange machine chromée posée là, un nouveau goût, une nouvelle lumière, une odeur.
C’est une image simple. Un immense instant de bonheur et d’éternité.
Vents et marées…
Bizarrement j’ai compris que quelques heures après la nouvelle, ce matin là, que j’étais bien dans le même avion à partir de Marseille que ces passagers
qui sont descendu comme moi à Sanaa pour ensuite aller vers Moroni… vers l’infini.
Pas encore vraiment remis de tous ces gens que j'ai croisés et qui ne sont plus.
Des regards, des sourires, des anecdotes et quelques conversations de circonstance, des clins d’œil aux enfants, bien peu de choses mais si
lourdes aujourd'hui. J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir ce soir là.
Il y a des visages, des voisins de siège ou d’allée, un chapeau impossible, une cravate improbable, une jolie femme endormie, un enfant qui court entre les fauteuils, des images et de
détails que l’on regarde dans ces circonstances, dans les gares, sur les airs d’autoroutes. On regarde les gens.
À Sanaa dans le hall de départ la confusion règne lorsqu’ils ont attribués les deux seules portes de l’aérogare « Moroni gate one, Djibouti gate two » ils
n’étaient pas d’accord entre eux. Je me suis retrouvé facilement par erreur, porte deux, dans la file une femme m’a interpellée nous avons parlé de tout et de
rien, de la confusion ambiante, j’ai aperçu son prénom sur a carte d’embarquement qu’elle tenait à la main dans son passeport « Véronique ». C’est à ce moment que
j’ai compris que je n’étais pas dans la bonne file, j’avais lu aussi Moroni. - « vous aller où ? - À Moroni. – j’ai dû me trompé de file, je vais à Djibouti, ce doit
être l’autre porte».