Bizarrement j’ai compris que quelques heures après la nouvelle, ce matin là, que j’étais bien dans le même avion à partir de Marseille que ces passagers
qui sont descendu comme moi à Sanaa pour ensuite aller vers Moroni… vers l’infini.
Pas encore vraiment remis de tous ces gens que j'ai croisés et qui ne sont plus.
Des regards, des sourires, des anecdotes et quelques conversations de circonstance, des clins d’œil aux enfants, bien peu de choses mais si
lourdes aujourd'hui. J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir ce soir là.
Il y a des visages, des voisins de siège ou d’allée, un chapeau impossible, une cravate improbable, une jolie femme endormie, un enfant qui court entre les fauteuils, des images et de
détails que l’on regarde dans ces circonstances, dans les gares, sur les airs d’autoroutes. On regarde les gens.
À Sanaa dans le hall de départ la confusion règne lorsqu’ils ont attribués les deux seules portes de l’aérogare « Moroni gate one, Djibouti gate two » ils
n’étaient pas d’accord entre eux. Je me suis retrouvé facilement par erreur, porte deux, dans la file une femme m’a interpellée nous avons parlé de tout et de
rien, de la confusion ambiante, j’ai aperçu son prénom sur a carte d’embarquement qu’elle tenait à la main dans son passeport « Véronique ». C’est à ce moment que
j’ai compris que je n’étais pas dans la bonne file, j’avais lu aussi Moroni. - « vous aller où ? - À Moroni. – j’ai dû me trompé de file, je vais à Djibouti, ce doit
être l’autre porte».