Il faisait nuit depuis déjà plusieurs heures, ce dimanche 20 Août. Je regardais la télé lorsqu’éclata une fusillade au pied de mon immeuble à Kinshasa. Le résultat du premier tour des élections présidentielles venait d’être rendu public.
Des hommes armés se glissaient le long des murs de l’immeuble d’en face d’autres étaient allongés par terre protégés par le moindre muret ou trottoir surélevé. J’ai éteins les lumières de mon appartement au septième étage, tiré les rideaux.
La fusillade s’amplifie, un camion rempli d’homme est arrivé sur le boulevard de l’autre côté de l’immeuble à l’abri des tirs, Kalachnikov et fusil mitrailleurs en mains. J’ai pu les voir à la lueur d’un réverbère.
Je n’ai que peu d’expérience du Congo mais leur uniforme caractéristique, treillis noir et béret rouge trahissait leur appartenance à la garde présidentiel de Joseph Kabila. Je commence à comprendre, dans la rue derrière l’immeuble là d’où les premiers coups de feu avaient été donnés se trouve la chaine de télé de Jean-Pierre Bemba, vice président et seul restant en lice avec Kabila. Une guerre de l’information et d’intimidation venait de commencer.
C’était comme dans les films à la télé. Guérilla de rue, boule de feu, homme tombant dans des roulades apprises à l’entrainement, cris, flammes et fracas…
Non rien de cela !
Des claquements secs, des ombres hésitantes avançant avec prudence, pas de flamme ni de feu pas de lueur non plus au bout des canons des fusils, juste de la poussière soulevée par le souffle des quelques grenades jetées ça et là. Je pourrais les compter. Quelques étincelles lorsqu’une balle ricoche sur une pièce métallique tout est dans le noir. Il monte à mes narines une odeur de poudre, si caractéristique qui me ramène à mon service militaire lors des exercices de tir. C’est étrange je l’avais oublie. Cette odeur. Et aujourd’hui elle revient me sauter à la figure. Comme l’odeur d’un joint. Non décidément je ne suis pas dans un film et cette odeur vient brutalement me ramener à la réalité.
C’est là! à 100m que ca se passe. Des hommes tirent sur d’autres hommes. Un combattant s’est posté dans mon immeuble à l’étage au dessus, en fait plus vraisemblablement sur le toit à quelques mètres de mes fenêtres, j’entends les balles qui crépitent et les éclats de mur de la riposte. Je ne suis pas à l’abri d’une balle perdu, d’autant que la réputation de tireur des soldats africain n’est plus à faire… Il est temps que je me repli vers une autre pièce de mon appartement.
Ca fait maintenant deux heures que les tirs ont débutés. Allonger sur mon lit derrière les murs de l’immeubles, j’attends que le calme revienne pour trouver le sommeil. Je devrais appeler la police pour tapage nocturne ! Non, ca m’a fait juste sourire…
Un bruit de roulement attire mon attention pas de doute ce sont des blindes chenilles qui arrivent. Ils sont deux véhicules de transport de fabrication soviétique, d’un autre âge, se positionnent au milieu de la rue et se mettent à tirer à la mitrailleuse lourde, beaucoup plus sourd la rue vient de s’enrichir d’un nouvel instrument de musique.
Que se passe-t-il ! Je n’en sais trop rien j’allume la radio et j’apprends que ce n’est pas le seul endroit dans la ville où des incidents ont éclatés les deux milices des deux protagonistes jouent se faire peur.
A 2 heures du matin cela fait bien une demi-heure que je n’entends plus de coup de feu
De nouveau des blindes s’avancent sur le boulevard une patrouille tunisienne de quatre véhicules des Nations Unis, je suis rassure je sors sur mon balcon…
Ils prennent position sur le boulevard et les rues adjacentes.
Le lendemain matin tout est presque calme quelques voitures de police circulent sur le boulevard, patrouille de l’ONU et de l’EUFOR la ville reprendra son rythme et ses habitudes dans deux jours. Bilan de cette nuit 17 morts dont 5 dans ma rue.
Je me lève tôt le matin vers 5 h, après une rapide toilette dans une cuvette devant ma cabane. Je prend la route en vélo vers la campagne à 15, 20, 25, peut être 30 km autour de Bunia. J’achète sur place de gros sac de charbon de bois qui comme vous l’imaginez ne sont pas très légers, vous avez déjà été acheter du charbon de bois dans des sac de 5 ou 10 kg dans votre jardinerie préférée.
A la campagne on trouve du charbon de bois un sac de 50 kg coûte selon les jours 12 US$ avec un peu de chance j’arrive à en trouver plusieurs à un bon prix le chemin de retour est un peu plus dure comme vous pouvez l’imaginer la plupart du trajet je le fait à pied en poussant mon vélo chargé. le plus dure c’est vers 14h avec la chaleur il faut pousser dans les cotes... Vers 4, 5 h de l’après midi j’arrive à Bunia là commence enfin ma journée, avec un peu de chance j’arrive à tout vendre en quelques heures. Je rentre chez moi après 7h du soir quand la nuit tombe.
J’arrive dans les meilleurs jours à gagner jusqu'à 10 $ ce qui est exceptionnel ! La moyenne étant plutôt autour de 5 $ par jour ce qui fait qu'en allant à l’église le Dimanche, j’arrive juste à nourrir ma petite famille, Mais je ne plaint pas je suis plutôt privilégié.
Dans un bidonville de Monrovia, derrière là où j’habitais.
J’ai quitté le Liberia le 11 pour la RDC Kinshasa. J’ai encore quelques images du Liberia...
Je n’ai pas encore sorti mon nouvel appareil au Congo, trop de boulot ! mais ça ne saurait tarder…